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SÉNÉGAL : POURQUOI C’ÉTAIT MIEUX AVANT ?

02/12/2016

« Aujourd’hui la censure a changé de visage. Ce n’est plus le manque qui agit mais l’abondance. Sous l’avalanche ininterrompue d’informations insignifiantes, plus personne ne sait où puiser les informations intéressantes. En diffusant à la tonne toutes sortes de musiques similaires, les producteurs de disques empêchent l’émergence de nouveaux courants musicaux. En sortant des milliers de livres par mois, les éditeurs empêchent l’émergence de nouveaux courants littéraires (...) La profusion d’insipidités identiques bloque la création originale (…) Si bien qu’on en arrive à ce paradoxe : plus il y a de chaînes de télévision, de radios, de journaux, de supports médiatiques, moins il y a diversité de création. La grisaille se répand. » Bernard Werber

L’abondance peut-elle nuire ? La quantité est-elle l’ennemi de la qualité ? On est tenté de répondre par l’affirmative à ces deux questions à travers l’évolution de notre pays, le Sénégal, au fil des années. Remontons, pour commencer, au temps où il n’y avait que l’ORTS. C’est une époque où la chaîne nationale disposait de grands journalistes. Même si ses heures de diffusion étaient limitées, la qualité de certains de ses programmes de la veille nous faisait attendre impatiemment ceux du lendemain. Maintenant, la diversité dans le paysage de l’audiovisuel n’a apporté que plus de divertissements, voire d’abêtissement : Dakar ne dort pas, Sen petit Gallé, Ràcc, Oscars des vacances, voyance en direct, etc. sont au nombre des nouvelles émissions, presque toutes des poubelles nuisibles à quiconque voudrait cultiver son esprit et affiner son intelligence. Malgré le développement des TICS avec les moyens sophistiqués qu’elles ont mis à notre disposition, on doute plus que jamais de la qualité de l’information et la fiabilité de ses sources. Les causes sont entre autres : le diktat de l’immédiateté, la culture du « buzz », l’augmentation du nombre de citoyens sans aucune formation, qui s’improvisent journalistes. Dès lors les procès en diffamation montent en flèche et les règlements de compte par médias interposés sont légion. Dans le passé, on avait certes que deux troupes théâtrales, en l’occurrence Jamonoy Tey et Daraay Kocc - du moins les deux les plus connues -, mais nous avions droit à des scénarios réfléchis, instructifs et très bien ficelés, joués par des artistes de talent et de grande envergure. La pléthore de troupes théâtrales et d’artistes que nous voyons désormais semble avoir pour vocation de produire plus de distraction que d’éducation : séries quotidiennes, hebdomadaires…interminables, sans queue ni tête, artistes vulgaires et insolents, loin d’être formés à l’école des beaux-arts. Pour certains d’entre eux leur médiocrité n’a d’égal que leur désir de percer et de se faire connaître. On n’avait que quelques orchestres : Touré Kunda, Super Jamono, Super Étoile, Xalam 2 et j’en passe, mais nos musiciens se faisaient beaucoup entendre et remarquer au-delà des nos frontières, surtout lors de quelques-uns des plus grands festivals de musique au monde. Ils étaient même parfois auréolés de discs d’or et d’autres distinctions. Maintenant, à part les rescapés de cette période « glorieuse » et de cette génération talentueuse, le paysage musical est rempli de folkloristes dont l’objectif ultime est de remplir le grand théâtre ; objectif qu’une petite minorité d’entre eux parvient à atteindre. Même si l’on sait que le grand théâtre n’a pas les dimensions de la salle de Bercy. La voix de ces musiciens ne porte pas au-delà de la Gambie et de la Mauritanie.

Nous avons Google à portée de main pour consulter un article, vérifier une règle grammaticale, l’orthographe d’un mot, l’auteur d’une citation, etc. ; mais nous n’avons toujours pas publié de livres à la dimension d’Une si longue lettre de Mariama Bâ, de Nations nègres et culture de Cheikh Anta Diop ou de l’Aventure ambigüe de Cheikh Hamidou kane, malgré le grand nombre d’écrivains dans notre pays. Il n’y avait que deux formations politiques : le PS et le PDS, mais nous disposions de politiciens charismatiques, respectables et respectueux avec des programmes plus ou moins clairvoyants. Maintenant qu’on a des centaines de mouvements politiques ou mouvements d’humeur, nous avons du mal à distinguer les uns des autres, tant leur discours et actes sont similaires. Ils semblent en panne d’idées. Par conséquent, ils pataugent dans la mare politique de bas étage et de bas étiage, en commençant par le parti au pouvoir. Notre équipe nationale de football n’avait que quelques joueurs professionnels -contrairement à maintenant où l’on peut les compter par dizaines -, mais nous ne disposons plus de grands footballeurs de la trempe de Roger Mendy, Oumar Gueye, Bocandé, Thierno Youm. Excepté El Hadj Diouf et Fadiga, qui sortaient du lot dans un passé récent.

La liste des domaines où nous avons régressé est loin d’être exhaustive. Il en existe toutefois d’autres où on l’on semble avoir mieux fait que par le passé, mais on peut les compter sur le bout des doigts. Comparaison n’est pas raison, mais on peut s’inspirer de ce qu’il ya de meilleur dans le passé pour mieux rebondir dans l’avenir, surtout quand le présent laisse à désirer. En définitive, on ne peut que se poser un certain nombre de questions : Pourquoi sommes-nous tombés si bas dans bien des secteurs ? Pourquoi c’était mieux avant malgré le développement des moyens techniques ? Avançons-nous à reculons ? Les nouvelles technologies, grâce auxquelles nous avons, à portée de clic, maintes réponses à beaucoup de nos questions ont-t-il engourdi nos esprits par le mauvais usage qu’on en fait ? L’absence de filtres et de sélection dans plusieurs secteurs est-elle à l’origine de la médiocrité qui y sévit ? L’effondrement de nos valeurs a-t-elle impacté si gravement sur nos compétences ? L’agonie de notre système éducatif a-t-elle été la responsable de toute cette situation. En essayant de répondre à ces questions et en faisant une autocritique sans complaisance, peut-être aura-t-on un début de solution. D’aucuns diront que je suis nostalgique, mais quand le présent ne semble plus répondre à notre recherche de grandeur, nous avons tendance à nous refugier dans notre passé glorieux tout en essayant de ne pas fuir mes responsabilités.

Ndoye Bosse
Montréal
momarboss@gmail.com
Auteur de : L’énigmatique clé sur l’immigration ; Une amitié, deux trajectoires ; La rançon de la facilité.



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