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LA VICTOIRE DE L’AFRO - MOUNA
Quitte à jouer les trouble-fête et les...

11/12/2016

Quitte à jouer les trouble-fête et les empêcheurs de jubiler en rond, j’avoue avoir encore du mal à comprendre l’aisance extrême et la célérité avec laquelle nous sommes passés du drame de Mouna au Nganalé triomphal des Lionnes.

Je sais bien que la vie, comme l’on dit, est faite de moments de bonheurs et de malheurs, de rires et de pleurs. Mais peut-on, doit-on, en même temps rire et pleurer, rire au milieu des pleurs ?

N’y a-t-il pas quelque chose, disons, d’ « indécent », qu’au moment même où notre pays ne parvient même pas encore à compter tous ses morts, qu’au moment où il reste encore des « compatriotes » non encore identifiés égarés dans les hôpitaux de la Mecque ou peut-être même inhumés à la va-vite dans un anonymat total, l’on jubile au pays ?

Qu’au moment même où des « compatriotes » angoissés tentent encore désespérément, par tous moyens (téléphone, réseaux sociaux etc.) d’avoir des nouvelles de leurs parents disparus, auprès du public et des autorités (dont l’incompétence notoire sur cette question n’a de pendant que la démagogie médiatique), la République reçoive en grandes pompes ses gladiatrices du panier ? Cette même République qui, le jour précédent, venait de décréter (sans vraiment y croire, il faut le dire) quelques jours de « deuil national » dont les minutes de silence et de bonne conscience furent vite submergées par le tintamarre de la douzième Gaïndette (tiens, cela me rappelle, à contrario, le drame du Joola estompant à jamais les joies nationales du Mondial 2002). Ces mêmes dirigeants qui, quelques jours auparavant, nous mettaient justement en garde contre les « Nganalé » fastueux des retours de pèlerinage. Pourquoi n’avons-nous pas réservé un accueil aussi chaleureux que celui aux lionnes, aussi solidaire, même compatissant, aux « compatriotes » rescapés des Lieux Saints ? Même si la question des indemnisations des victimes du Haj (par les Etats responsables) semble politiquement moins correcte que celles des « primes » et de la « reconnaissance de toute la nation » envers ses héroïnes de Yaoundé, cette même « nation » ne devrait-elle pas en faire plus ou au moins autant ? Après nous avoir renvoyé ses pierres meurtrières à Mouna, Satan avait assurément réussi à lancer ses trois points victorieux de l’oubli dans notre panier chauvin du divertissement. Tiens, il doit bien se gausser de la faiblesse de notre foi de nouveaux musulmans, le lascar !

Et ce peuple, sans pain, mais avide de jeux, insatiable, d’applaudir. Les yeux encore larmoyants.

Et c’est peut-être cela le plus extraordinaire chez nous. Cette capacité que nous avons, certes, de transcender les pires tragédies, mais également de concilier, sans sourciller, les pires contradictions. De sortir du Dahira, le vendredi, pour aller en boîte, le samedi. D’organiser des soirées dansantes télévisées la nuit de la Tabaski où Abraham a failli égorger son fils. De faire de nos « Thiants » religieux des « Khawaré » soufis. Les sénégalais sont extraordinaires.

Je me disais qu’il y avait en cela quelque chose, disons, de dramatique et de burlesque à la fois. Et que la société de consommation dans laquelle nous vivions avait peut-être réussi à faire de nous tous des « consommateurs » de tout : idées, culture... La société de spectacle nous ayant tous transformés, sans que nous nous en soyons assez rendu compte, en « spectateurs » de tout : sport, religion, actualités, guerre, cinéma...

Toute notre vie, les causes et valeurs auxquelles nous croyons, même notre foi en Dieu, toutes ces choses « sacrées » sont-elles donc entrain de devenir du « cinéma » ?

Les questions se bousculent.

Est-ce cela qui fait que, après les drames quotidiens des guerres interminables qui ne nous font plus rien au JT, le drame « spectaculaire » de Mouna, quoique douloureux, car plus proche, soit si facilement relégable aux oubliettes par un autre « spectacle » plus « alléchant » et titillant davantage notre fibre nationale dépitée par les échecs successifs ? Le « thriller » de l’Afro-basket, bien avant le générique de fin du film d’horreur de Mouna. Après tout, un film est un film, n’est-ce pas ? Il n’y a donc aucun mal à ce que les « posts » et émouvants avis de recherche sur les victimes piétinées, les « partages » des tas immondes de cadavres enchevêtrés de façon surréaliste à la Mecque, soient si rapidement remplacés par d’autres « partages » de la Victoire éclatante (Al-Fath) sur facebook. Après tout, un post est un post, et on est à l’ère de la célérité et du numérique.

C’est binaire tout cela.

Tout va vite. Tout passe vite. Et nous n’avons plus le temps. Ni celui du deuil, ni même celui de penser (au fond) ou, pis, la force de résister. C’est malheureux à dire, mais nous n’avons plus le temps de la mort. Une actualité en chassera toujours une autre. Impitoyablement. C’est la dictature impitoyable des médias et la loi non moins inhumaine du business. Et tu as beau mourir cent fois, tu as beau avoir un accident à jamais invalidant, ton médecin te révélera un cancer qui bouleversera tous tes projets de vie, cela n’empêchera pas tes amis de regarder, le lendemain, Barça/Chelsea ou tes parentes de savourer langoureusement les « sagnsé » décaféinés de « Un Café Avec ». C’est ça la vie. Ku dee, yaa dee. Et tu n’empêchera point aux autres niou « enjoy » ou « bégué ». Qui, me demandé-je, parmi les milliers d’amis dont tu t’enorgueillis tant sur Facebook, ces admirateurs dont les J’aime et les com’ conditionnent désormais tous tes actes et propos, qui, parmi eux, continuera à penser religieusement à toi dans la solitude de ta tombe virtuelle, après les ostensibles RIP d’usage s’empilant sur ton morne profil, suscitant aussitôt les curieux ?

Je me disais que, sans le savoir, nous étions peut-être entrain de devenir autres. Que nous étions entrain, avec l’invasion des nouveaux médias dans le cœur même de nos vies et de nos pensées, avec l’avènement de la matière, de l’argent, des divertissements tous azimuts, d’établir un lien très différent avec la mort, avec le sacré, avec tout ce qui nous élevait au-delà de la « nature », au-dessus de la « bête » qui sommeille en chacun de nous. Que, avec la rapidité inouïe des choses, nous étions peut-être entrain de perdre le véritable sens des choses et de perdre de vue l’essentiel de la vie. De ne plus avoir le temps d’apprécier le vrai sens du Temps.

En réalité, je ne dis rien de nouveau. Rien qui ne fut connu déjà. Mais je le dis quand même. Peut-être que l’on s’en souviendra un moment.

Peut-être jusqu’au prochain « post », qui en effacera complètement le SOUVENIR.

« Et ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Dieu, au point qu’Il leur fit oublier leur propres personnes. » (59:19)

[A. Aziz Mbacké Majalis]



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