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Naissance par césarienne, un florissant business éventé

13/12/2017

Modou Guèye n’oubliera pas de sitôt. Passé le bonheur de la naissance de son premier enfant, Makhtar, ce quadra a vite arboré la grimace lorsqu’il a fallu régler les frais médicaux de son épouse : 700 000 francs CFA. « Moi, qui n’avais pas encore acheté le mouton ni assuré les frais pour le baptême, j’étais là cloué, debout comme un piquet devant la clinique, sans réaction. » La « faute » à une césarienne inattendue.
Au Sénégal, 2% des naissances se font par césarienne. Même si l’on est loin en deçà du seuil recommandé par de l’Oms (15%), les pères et mères de famille redoutent cette intervention qui leur coûte les yeux de la tête, parfois près d’un million, voire plus.
La clinique Nest facture la césarienne entre 500 mille à 900 mille francs CFA. « Et nous sommes 25% moins cher que les autres cliniques », renseigne Dr Abdoulaye Diop, gynécologue et médecin-chef de cet établissement de santé privé.
Dr Diop indique que la césarienne est pratiquée dans trois cas possibles. Lorsqu’elle est « obligatoire » : « En cas de placenta prævia, c’est-à-dire lorsque le placenta ferme l’entrée de l’utérus ».
Elle peut être pratiquée aussi « par prudence » : « Dans les cas où l’accouchement par voie basse est possible, mais qu’il y a un risque pour le bébé ou la maman, par exemple quand le bébé se présente en position de siège ».
Enfin, l’intervention peut relever du choix de la patiente qui « a légitimement le droit de dire qu’elle préfère être césarisée ».
Le problème, selon beaucoup de pères et mères de famille, les médecins ont tendance à abuser. Par exemple en faisant croire à leur patiente que la césarienne est obligatoire alors qu’il n’en est rien.
Une maman témoignage : « Avant mon accouchement, je suis allée dans plusieurs cliniques. On me disait à chaque fois que je devais faire une césarienne avant terme, parce que mon bébé avait du poids. En fin de compte, j’ai accouché par voie basse d’un bébé de 4 kg et nous nous portons bien tous les deux. On abuse vraiment des césariennes dans les cliniques alors que ça coûte excessivement cher ! »
Presqu’à terme de sa grossesse, Seynabou en rajoute un couche : « À mon dernier rendez-vous à la clinique, le gynécologue m’a dit que je risquais fort d’être césarisée, si je n’accouchais pas deux semaines plus tard, parce que mon bébé grossissait beaucoup. Cela m’avait stressée et j’en ai parlé à une amie sage-femme qui m’a suggéré de prendre un autre avis dans un hôpital public. Ce que j’ai fait et on m’a rassurée, en me disant que je pouvais parfaitement accoucher par voie basse. Maintenant, j’attends le jour j et j’espère ne pas être opérée. »
Malgré l’avis moins alarmiste du médecin de l’hôpital public, Seynabou pourrait être césarisée au moment de l’accouchement. « Mieux vaut faire une césarienne abusive qu’il ne valait pas la peine de faire, plutôt que tenter un accouchement par voie basse et risquer de perdre le bébé », plaide le médecin-chef de la clinique Nest.
D’autant que, souligne-t-il, « les médecins sont de plus en plus exposés à des plaintes ou poursuites pénales, ce qu’on ne voyait pas avant ».
Un argument massue ?
(Source : L’Observateur)



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