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Maudites mallettes !

24/02/2017

Digne d’un scénario de téléréalité. Le ton, la forme, l’intrigue et le décor, tout y est ou presque. Le mobile aussi. Mais ce n’est ni Hollywood, encore moins un numéro de téléréalité. Le meurtre de la vice-présidente du Cese interpelle. Il renvoie à une image que d’aucuns rechignent à admettre. Attristés, tous, devant ce qu’est devenue la société dans laquelle nous évoluons : une société de plus en plus violente, où les excès langagiers ont fini de céder la place à la violence physique qui n’est plus l’apanage seul de l’Etat.
Engrenage de la violence. Il convient dès lors de s’interroger sur cette nouvelle direction qu’emprunte ce pays. Sans doute à la dérive, à la désintégration, lorsque la frontière s’épaissit voire se dissipe entre les films d’action « made in Usa », et la réalité de chez nous. Dorénavant tout est exposé, théâtralisé dans un Dakar qui se met à l’heure américaine. Mimétisme à outrance. Alignement sur le modèle occidental agrémenté de notre barbarie propre : on copie et on colle tout ce qui nous arrive de l’Oncle Sam d’une part. On courbe l’échine devant le port d’armes blanches consenti à un groupe social sous des prétextes fallacieux, d’autre part. Et on est les premiers à s’émouvoir lorsqu’une arme destinée à tuer, remplit sa fonction première. Hypocrisie ! Et c’est dans le premier lot qu’il faut ranger le meurtre par balle du taximan tué en octobre dernier par un automobiliste au cours d’une altercation. Far west dakarois. Affaire Ibrahima Samb, remake de l’affaire Ndiaga Diouf, sous une forme beaucoup plus soft, la théâtralisation en plus. Quand le tireur est issu du milieu du septième art, c’est la fiction qui se perd dans la réalité.
Quelques mois auparavant, en août 2015, la Sénégalaise Fama Diop-Sanchez tombait sous les balles de son mari, à leur domicile de Yoff Virage à Dakar. Le Portugais s’était par la suite donné la mort, par balle. Août macabre également à Thiès, avec le meurtre de Pape Ndiaye, un jeune talibé retrouvé égorgé dans le daara de Serigne Bassirou Kane, à Keur Saib Ndoye à la sortie nord de la commune. Une violence qui a failli être fatale à ses condisciples, Médoune Lo et Djiby Kassé, grièvement blessés par le même « boucher », un certain Moustapha Ngom dit « Dubaï ». Ces faits, durs à intégrer dans notre quotidien, reflètent malheureusement le nouveau visage du Sénégal de 2016 qui brise ses tabous d’antan. Une société sénégalaise devenue de plus en plus violente, où les meurtres se suivent mais ne se ressemblent guère. Armes blanches ou armes de petit calibre, elles ont une seule et unique finalité : ôter une vie mutiler, blesser.
Ce weekend, une responsable de l’Apr, le parti présidentiel, en a fait les frais. Egorgée par un individu qui serait son chauffeur, donc une personne de confiance. Pas d’assassinant politique, Dieu merci ! Mais au-delà de ce meurtre froid qui a suscité une levée de boucliers au plus haut niveau de l’Etat, c’est le mobile qui interpelle : l’argent, qui coule à flots dans les cercles du pouvoir. Qui aiguise les appétits. Qui justifie aussi cette vague de transhumance d’opposants vers le parti au pouvoir. De l’argent qui voyage aussi dans des mallettes au vu et au su de tout le monde, destiné à arroser les militants du parti au pouvoir en période électorale, et parfois de certains opposants qui acceptent de monnayer leur ralliement. Ce pays, est l’un des rares au monde où l’on voit autant de millions de francs transiter d’une banque pour se retrouver aux domiciles d’hommes politiques, notamment de responsables du parti au pouvoir, lesquels se muent à l’occasion, en des distributeurs automatiques de billets de banque.
Il est aussi le lieu de reconnaître, sans verser dans la stigmatisation ethniciste, qu’une frange singulière de la population, sous le prétexte d’un legs culturel, s’arroge le droit à la violence physique et excelle dans les affaires de meurtre, de vol et de viol. Un fait banalisé mais qui justifierait des statistiques sur la culture de la violence au Sénégal. Car ils sont les mêmes, chaque jour, à bourrer les colonnes de la rubrique « faits divers » dans les différents quotidiens de la place, après le la barre du tribunal. Le dire, c’est admettre un fait culturel explicable mais inexcusable. Le taire, c’est faire dans la complicité.
Mais au-delà des condamnations, c’est un changement notoire dans les comportements qui s’impose. Surtout chez les responsables politiques. L’argent du contribuable, servirait-il à financer des groupements de femmes, n’a pas sa place dans les domiciles des responsables du parti au pouvoir, qui se retrouvent ainsi exposées au danger. D’où l’urgente nécessité pour les uns et pour les autres, de rompre d’avec cette pratique qui frise la corruption des masses.
Repose en paix, Fatoumata !



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