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Le mercato des prêcheurs du Ramadan
La saison dure un mois, mais il faut faire...

11/12/2016

La saison dure un mois, mais il faut faire ses emplettes deux ou trois mois à l’avance. Comme le marché des transferts de footballeurs, le mercato des prêcheurs du Ramadan se prépare avec minutie, renseigne Enquête qui a consacré dans son édition de ce mercredi un dossier au sujet. Au Sénégal, souligne le journal, les noms les plus demandés officient dans les radios et les chaînes de télé : Iran Ndao, Oustaz Alioune Sall, Pape Hann, Taïb Socé, Alioune Mbaye, Mbacké Sylla, Sokhna Fatou Binetou Diop…

Ils sont les dignes héritiers de la génération El Hadji Moustapha Guèye et Makhtar Sylla, qui des années durant avaient le monopole du micro lors des conférences religieuses organisées dans les quartiers. Ils cumulent les heures passées à parler de Dieu, des bienfaits du mois béni, des habitudes du prophète Mohamed durant ces jours de dévotion, devant des assistances qui en redemandent chaque fois.

Tout ça, uniquement au nom de Dieu ? Pas pour tous, rapporte Enquête qui a donné la parole aux concernés. « Avec les conférences, je ne prétends qu’à une chose : avoir la miséricorde de Dieu », jure Oustaz Pape Hann de la Rfm. Taïb Socé ne dit pas autre chose : « Ce que nous faisons n’est pas un métier pour qu’on puisse prétendre en vivre. » En revanche le trio d’Oustaz de Sud Fm, Alioune Sall, Alioune Mbaye et Mbacké Sylla, ne fait pas la fine bouche. Il assume tout en nuance : « Nous demandons des cachets, mais c’est selon qui nous invite. »

Alioune Sall et Cie assurent que lorsqu’ils animent une conférence pour une organisation œuvrant dans le social, ils le font gratuitement. Et pour les plus nantis ? Une organisatrice de conférence vend la mèche : « On a déboursé 400 mille pour payer l’animateur de notre conférence annuelle. » Un conférencier, sous couvert d’anonymat, renchérit : « La plus petite somme que j’ai reçue dernièrement c’est 300 mille. »

Pour Iran Ndao de Sen Tv, s’il n’est pas recommandé de tarifer ses prestations sur l’islam, ce n’est pas un crime d’accepter des enveloppes bourrées de billets de banque après avoir passé des heures, suant à grosses gouttes et martyrisant ses cordes vocales, à parler de Dieu et du prophète. Il dit : « Si après une conférence on offre au prêcheur quelque chose, c’est bien. Sinon ce dernier doit comprendre qu’animer une conférence est un acte d’adoration divine et qu’on ne doit pas exiger une rétribution. » Comme pour le foot, l’argent ne doit pas être le seul moteur des prestations.



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