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Quel bilan tirer du 27e sommet de l’Union africaine ?
La réunion des chefs d’État pour le 27e sommet...

02/12/2016

La réunion des chefs d’État pour le 27e sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevée à Kigali. Un sommet fait de nombreux rebondissements, sur la présidence de la Commission de l’UA, mais aussi sur des sujets comme le terrorisme ou encore le Soudan du Sud.

Le sujet majeur qui ressort de ce 27e sommet, c’est la situation au Soudan du Sud, après une nouvelle flambée de violences à Juba, les 9 et 10 juillet.

Ce dimanche, les pays de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad) ont demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’autoriser le déploiement d’une « force régionale de protection » au Soudan du Sud, dans le cadre de la Mission des Nations unies déjà présente dans le pays.

Ce lundi, Smaïl Chergui, le commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’Union africaine, a donné plus de détails sur cette force lors d’une conférence de presse. Il a déclaré que les pays de l’Union africaine ont appuyé la population de l’Igad, ajoutant que cette force serait du même type que la brigade d’intervention de la Monusco en RDC, ou du moins qu’elle allait s’inspirer de ce modèle.

Deux forces séparées

Cette force sera donc séparée de la mission de maintien de la paix, avec un mandat plus musclé. Son objectif sera de protéger les civils, de pacifier Juba et de séparer les parties au conflit.

Concernant la fourniture des troupes à cette force, Smaïl Chergui a expliqué avoir d’ores et déjà reçu des assurances des pays de la région, mais aussi de pays d’Afrique australe et du Rwanda. Des pays prêts à offrir des bataillons si le Conseil de sécurité valide le déploiement de cette force lorsqu’il se réunira dans les prochains jours.

Le commissaire de l’Union africaine a également reconnu qu’il va falloir concilier cette décision d’envoyer une force avec le refus du président sud-soudanais de recevoir plus de troupes étrangères. Il faudra donc, dans les prochains jours, que la communauté internationale discute pour convaincre Salva Kiir.

Aucun successeur désigné à la présidence de la Commission

Ce qui a également marqué ce 27e sommet des chefs d’État de l’Union africaine, c’est qu’aucun successeur à la présidente de la Commission, Nkosazana Dlamini-Zuma, n’a été désigné. L’élection est même reportée.

Il faut rappeler que si on en est arrivé là, c’est que pour beaucoup de chefs d’État africains, les trois candidats en lice manquaient d’envergure. Dès le 4 juin, lors d’un sommet à Dakar, les pays de la Cédéao avaient demandé par communiqué un report du scrutin. Du coup pendant ce sommet, il y a eu un bras de fer entre les partisans d’un vote et les partisans d’un report.

Ce dimanche 17 juillet, ce bras de fer s’est cristallisé lors d’une réunion des chefs d’État à huis clos, lorsque la présidente du Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, a demandé la parole à ce sujet au nom des pays en faveur d’un report, et qu’Idriss Déby, l’actuel président de l’Union africaine, a refusé de la laisser s’exprimer.

Victoire du camp du report

Cela a provoqué la colère de plusieurs chefs d’État qui ont envisagé de quitter le sommet. D’ailleurs, le président ivoirien Alassane Ouattara ne s’est pas rendu dimanche soir au dîner des chefs d’État. Ce bras de fer s’est donc de nouveau cristallisé lors du vote, avec au moins quatre tours sans majorité.

Au final, au dernier tour, la dernière candidate, la ministre des Affaires étrangères du Botswana, Pelonomi Venson-Moitoi, a aussi été écartée, avec seulement 23 voix en sa faveur et 28 abstentions. C’est donc une victoire du camp du report du scrutin. Les listes vont être réouvertes et un nouveau vote aura lieu lors du prochain sommet de l’Union africaine, en janvier 2017, à Addis-Abeba.

Vers une entrée du Maroc dans l’Union africaine ?

Au sommet de l’Union africaine à Kigali, le roi du Maroc a annoncé sa volonté de réintégrer son royaume au sein de l’Union africaine. Le Maroc avait quitté l’Organisation de l’unité africaine (OUA), l’ancêtre de l’UA, en 1984, en guise de protestation contre l’admission de la République arabe sahraouie démocratique, la RASD, proclamée par le Front Polisario, sur ce qui est considéré à Rabat comme un territoire marocain. La décision revient désormais à la Commission de l’UA, qui devra voter sur le sujet. Mais la donne a changé et le Maroc estime avoir le droit de reprendre ce que le roi Mohammed VI a appelé « sa place naturelle ».

Depuis trois ans, Mohammed VI multiplie les voyages officiels en Afrique sub-saharienne, avec dans ses bagages ses ministres les plus influents et de puissants hommes d’affaires. Le tournant date de 2013, quand le roi décide de se tourner résolument vers le Sud et de lancer, pour rassurer l’Afrique, une opération de régularisation des sans-papiers sub-sahariens au Maroc. Son but est de donner un nouvel élan à la fois économique et politique à son royaume, alors que l’Europe est en crise et l’intégration maghrébine une chimère.

Influence économique et religieuse

C’est pourquoi au Gabon, où il a vécu dans sa jeunesse, mais aussi en Côte d’Ivoire, au Sénégal ou en Guinée, Mohammed VI ouvre des marchés. Il aide l’implantation de banques, de services d’assurances, d’entreprises de BTP, d’opérateurs téléphoniques, ou même de médias ou de la compagnie aérienne Royal Air Maroc.

« Amir el-Mouminine », c’est-à-dire Commandeur des croyants, Mohammed VI étend aussi l’influence religieuse de l’islam malékite marocain, avec l’ouverture d’un institut de formation d’imams africains à Rabat. Les chefs de ses services anti-terroristes se déplacent également beaucoup sur le continent, alors que la menace jihadiste grandit un peu partout.

Ce faisant, bien sûr, il engrange de nouveaux précieux soutiens à sa politique vis-à-vis du Sahara occidental, qui n’est plus soutenu que par quelques pays africains, parmi lesquels son rival, l’Algérie, et l’Afrique du Sud. Là-dessus, à la différence de son père Hassan II, le roi Mohammed VI ne semble plus poser comme préalable le renvoi par l’Union africaine de son ennemi juré. Cela dit, fort d’une motion signée par 28 chefs d’État et de gouvernement africains, le Maroc espère qu’une fois dans la place, il finira par obtenir la suspension de la République arabe sahraouie démocratique. L’Algérie fait le pari exactement inverse.



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