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Filière Sud Américaine Pour les Usa
La croix et la barrière

17/12/2017

C’est à croire que les émigrés clandestins sénégalais ne sont jamais à bout d’inspiration quand il s’agit de rejoindre l’eldorado américain, nord-américain notamment. Après l’expulsion annoncée de nos compatriotes en situation irrégulière des Etats-Unis, certains se sont confiés à EnQuête pour nous conter un récit de voyage surréel.
L’expulsion de Sénégalais des Etats-Unis d’Amérique la semaine dernière a certes quelque chose à voir avec le durcissement de la politique migratoire américaine depuis la prise de fonction de Donald Trump, mais cache une forme d’immigration jusque-là inconnue du grand public : la filière sud-américaine. Les boat-people d’Afrique subsaharienne nous avait habitués à la traversée de l’Atlantique pour rejoindre les côtes espagnoles ou italiennes, mais la filière sud-américaine la surpasse de loin au coefficient de pénibilité. Partis du Sénégal en août 2014, l’odyssée de ces jeunes hommes et femmes, originaires pour l’essentiel de Mbacké, Tamba, Louga, Touba, nés entre 1989 et 1995, accompagnés de Népalais, Cap-Verdiens, Congolais et bien sûr de Mexicains, a duré deux ans avant de voir la terre promise californienne. Si avec l’émigration clandestine classique, il suffit de prendre la pirogue de nuit à partir de la large façade maritime (Kayar, Saint-Louis, Kafountine etc.) pour le détroit de Gibraltar, la filière sud-américaine est plus compliquée. Il faut une liaison aérienne de Dakar à Praia, Lomé, Dubai, ou Bissau, et à partir de là rejoindre Brasilia ou Buenos Aires.
Il existe une autre route moins détournée qu’est la liaison Dakar-Madrid-Quito. Pour le trio sénégalais qui nous raconte sa mésaventure, ‘‘tout a commencé à Quito (Ndlr : capitale de l’Equateur). Nous avons payé 3 millions à un promoteur du nom de P. D qui, en collaboration avec une chanteuse de la place, nous a amenés dans ce pays avec la complicité d’un policier qui nous a facilité l’embarquement. Nous étions quinze en compagnie de son frère, V. D’’, raconte Meth (Nom d’emprunt) au bout du fil. Situation oblige, ils sont trois à se relayer au téléphone pour conter les péripéties d’un très long voyage.
De l’Equateur, ils ont pris le bus jusqu’à la frontière péruvienne où des passeurs les ont fait traverser à raison de 300 dollars par personne jusqu’au Brésil. Une fois chez les ‘‘auriverde’’, ils ont dû se délester de 100 autres dollars pour pouvoir rejoindre le camp des réfugiés où ils sont restés un mois en compagnie d’autres Sénégalais qu’ils ont trouvés là-bas. ‘‘Nous étions 170 au total’’, témoigne Meth qui regrette la mort d’un des leurs, un Tambacoundois désargenté, lors de la traversée brésilienne. Après un mois de détention, ils sont libérés et se livrent à l’aviculture comme activité.
Le séjour est assez long, mais le 26 novembre 2015, après avoir amassé une somme de 12 000 reals brésiliens (1 872 000 F CFA), ils décident de reprendre la route de l’Amérique, alternant marche à pied et voyages en autobus jusqu’à la frontière entre la Colombie et le Panama.
Parsemé d’embûches
‘‘Un de nos compatriotes a reçu trois balles de la part des passeurs parce qu’il refusait de leur payer les 500 dollars de la passe entre les deux pays. Nous avons pris deux pirogues pour le Panama. Dans l’autre embarcation, deux autres de nos compatriotes ont trouvé la mort. Ensuite nous avons fait 6 jours de marche avant de rejoindre le camp de réfugiés’’, poursuit-il. Aussitôt libérés après 10 jours de détention, ils ont vite fait de rejoindre le Costa Rica pour 40 dollars par personne. Non admis dans le centre costaricien, ils trouvent un autre bus pour la capitale San José et rallier un autre pays, le Nicaragua où ils se font arrêter et détenir pendant 5 jours. ‘‘Après avoir payé une caution, les autorités de ce pays nous ont délivré un permis de circuler valide pour un mois’’, intervient un autre. Ils n’attendront pas le délai imparti pour se faire la malle et rejoindre le Honduras à partir duquel ils vont aller au Mexique après quelques jours de détention.
En janvier 2016, à l’aide de zodiaques, ils passent au Mexique où ils voyagent pendant dix jours avant de se voir délivrer un papier par les services de l’immigration mexicaine pour prendre l’avion. Le 18 février 2016, c’est presque le bout du tunnel. Ils passent la frontière mexicaine et entrent sur le territoire américain, en Californie, où ils demandent l’asile automatiquement. Le calvaire qu’ils croient fini se poursuit. ‘‘Six jours plus tard, ils nous ont transférés dans le centre de détention de l’Arizona. Le 3 mars 2016, c’est celui de Colorado qui nous a accueillis avec des conditions encore plus dures jusqu’au 17 novembre 2016’’, raconte Meth.
Apatridie forcée
A cette date, ils sont passés 14 fois en jugement devant les services compétents américains qui ont tenté par tous les moyens d’établir leur nationalité. ‘‘Les uns ont été pris et le consulat sénégalais a été saisi pour leur délivrer des sauf-conduits avant leur rapatriement au Sénégal’’, poursuit-il. Les autres ‘‘apatrides’’, malgré les forts soupçons de ‘‘sénégalité’’, ont pu rester sur le sol américain, libres, à la condition d’y avoir une adresse. Ils ne sont pas encore sortis de l’auberge car ils sont fichés et doivent se présenter à l’Immigration américaine. ‘‘La situation la plus difficile, c’est le nombre considérable de Sénégalais qui empruntent la route de l’Amérique Latine à pied pour rejoindre les frontières américaines à travers le Mexique.
Pour la plupart, ils sont soumis à des conditions très dangereuses. Ils sont souvent arrêtés et conduits dans des centres de détention de l’immigration en attendant leur rapatriement. Il est difficile pour ces cas-là de bénéficier d’une régularisation parce que malheureusement, ils n’ont pas la possibilité d’introduire un recours’’, déclare le consul du Sénégal El hadji Amadou Ndaw. Un dilemme dont les principaux intéressés sont eux-mêmes conscients. ‘‘Pour l’instant, nous sommes des sans-papiers. Nous ne pouvons pas en avoir ici puisque nous ne détenons pas nos pièces d’origine. Si on a le malheur de les produire, ils nous identifient en tant que Sénégalais et nous rapatrient’’, déclare le troisième intervenant qui salue l’assistance d’un parent établi à New York.
El Hadji Amadou Ndaw (Consul général du Sénégal à New York) : ‘’Ceux qui empruntent la filière latine n’ont aucune issue’’
‘’Il faut rappeler que le Sénégal ne peut pas refuser de prendre ses compatriotes qui sont frappés de mesure d’expulsion. On essaie de voir comment faire pour vérifier d’abord leur nationalité sénégalaise et s’assurer que la protection consulaire nécessaire leur est réservée. Des fois, on se déplace pour nous assurer qu’ils sont dans des conditions appropriées. Quelqu’un qui a été appréhendé quand il traversait la frontière ne peut pas faire un recours.
Il serait bien que leurs parents au Sénégal soient sensibilisés sur cette situation, et que les gens sachent qu’il n’y a pas d’issue. Avant, c’était vers l’Europe. Maintenant, des jeunes quittent le Sénégal par on ne sait quelle filière pour se rendre en Amérique Latine dont le Guatemala, par exemple. Moi, je n’ai pas été informé d’un réseau qui transporte des Sénégalais pour le Guatemala pour ensuite emprunter la route à pied, pour rejoindre la frontière américaine’’.



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