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Ali Bongo sous pression,
l’UE met en doute sa victoire au Gabon

02/12/2016

Réélu à la tête du Gabon, Ali Bongo concentre l’attention internationale.Une mission de l’Union européenne questionne la validité de sa victoire tandis que l’Union africaine a annoncé son intention d’envoyer une délégation pour aider à résoudre la crise dans le pays.

Le président sortant et son opposant Jean Ping revendiquent en effet tous deux la victoire à l’élection présidentielle du 27 août.

Le Premier ministre français, Manuel Valls, a estimé mardi qu’il serait sage d’organiser un nouveau décompte et a en outre demandé à Libreville de retrouver une quinzaine de ressortissants français dont Paris est sans nouvelle.

Le chef de file de l’opposition Jean Ping, qui juge la victoire "volée", a appelé, lui, "la communauté internationale à aider le peuple gabonais". "Tout le monde connaît le résultat et tout le monde sait que Bongo fait tout pour ne pas l’accepter", a-t-il dit à Reuters.

Selon Jean Ping, la participation dans la province du Haut-Ogooué, dans le sud-est du pays, a été gonflée pour assurer la victoire d’Ali Bongo, dont la famille dirige le pays depuis près de cinquante ans.

Les résultats officiels publiés mercredi ont donné à ce dernier une très courte victoire, de quelque 5.000 voix, le reconduisant pour un nouveau mandat de sept ans.

Puis des émeutes ont éclaté, faisant six morts, selon un bilan officiel. Jean Ping estime que 50 à 100 personnes ont trouvé la mort depuis la semaine dernière, un bilan qui n’a pour l’heure pas pu être vérifié de manière indépendante.

Malgré les appels à la grève générale, le calme semble prévaloir à Libreville où les commerces ont rouvert et lesfonctionnaires regagné leur poste de travail.

TOUTES LES MÉDIATIONS

Les observateurs concentrent leurs regards sur la province du Haut-Ogooué, bastion électoral d’Ali Bongo, où les chiffres officiels comptabilisent 95,46% de votes en sa faveur, et une participation de 99,9%.

La mission d’observation de l’Union européenne rapporte que le nombre de non-votants et de bulletins blancs ou invalides ne correspond pas à la participation annoncée dans cette région, ajoutant qu’elle est ailleurs dans le pays d’environ 48%.

"L’intégrité des résultats provisoires de cette province est en conséquence mise en cause", a déclaré Mariya Gabriel, chef de la mission de l’UE, annonçant ces anomalies.

Le gouvernement a refusé de commenter ces annonces avant mercredi, a dit un porte-parole.

L’Union africaine (UA) s’est proposée mardi pour une médiation. "C’est une question urgente et je pense que la délégation de haut niveau sera envoyée très bientôt", a déclaré Jacob Enoh Eben, porte-parole de l’UA. Le président tchadien, Idriss Déby, qui assure actuellement la présidence de l’UA, dirigera les discussions, a ajouté le porte-parole.

"Nous acceptons toutes les médiations parce que nous voulons que la démocratie et la paix triomphent", a déclaré Jean Ping à la chaîne de télévision France 24. La délégation de l’UA doit arriver jeudi, a déclaré en outre l’ancien diplomate et président de la Commission de l’Union africaine.

Jean Ping dit n’avoir aucune confiance dans la cour constitutionnelle susceptible de recevoir les appels contestant le scrutin. La jugeant trop proche d’Ali Bongo, il réclame un nouveau décompte effectué sous supervision internationale avant tout appel.

Les autorités gabonaises refusent pour l’instant de recompter les bulletins de vote comme le suggèrent les autorités occidentales et comme l’exige l’opposition. Elles ont également refusé de publier des résultats plus détaillés, déclenchant la démission du ministre de la Justice.

Jusqu’à 1.100 personnes ont été interpellées pendant les troubles de la semaine dernière, selon le ministère gabonais de l’Intérieur, la plupart ont été libérées depuis.

Les Nations unies suivent la situation au Gabon avec une "inquiétude croissante", a dit mardi la porte-parole en matière de droits de l’homme de l’organisation, Ravina Shamdasani.

(Avec Aaron Maasho à Addis-Abeba, Stephanie Nebehay à Genève et Matthew Mpoke Bigg à Accra, Nicolas Delame, Danielle Rouquié et Julie Carriat pour le service français)



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