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Chronique du lundi
Des vessies pour des lanternes

10/12/2016

Par analogie à la France dont il se réclame en tout, le Sénégal fait partie de ces peuples dont Cioran dit qu’ils sont littéralement « accablés par la chance ». Les Sénégalais sont convaincus d’être un peuple d’élus. Nos gouvernants se prennent toujours pour des guides éclairés. Notre démocratie est partout vantée comme une exception en Afrique. Si bien que même usurpée, une telle conviction, si l’on n’y prend garde, peut vite tourner au vertige et à la déchéance. C’est précisément là que nous en sommes aujourd’hui dans notre pays. Contemplatifs d’un passé glorieux qui ne nous sert plus que comme passé, nous oublions notre devoir de confrontation intelligente et courageuse aux enjeux du présent. Pour concevoir et configurer un futur à hauteur d’homme, à visage humain. Loin de cette tâche historique, nous dérivons plutôt en tâcherons de notre propre histoire, englués dans une sorte d’instant qui dure et durcit nos cœurs et nos esprits. Pour cette répugnante raison, nos élites autoproclamées n’ont plus pour souci que de faire des Sénégalais « un peuple haletant après le bonheur ». Un bonheur inconcevable sans le pouvoir de l’argent, argent que facilite le pouvoir et que l’on doit gagner par n’importe quelle déviance. Cette culture du crépuscule où les idéaux sont en vacance, favorise l’émergence de forces obscures dont on nous propose l’obscurité comme la lumière de notre salut. Ainsi seulement peut s’expliquer toute cette fureur médiatique autour de « Boy Djinné » et Waly Seck : deux produits authentiques de notre dégénérescence en tant que peuple.

L’image valorisante confectionnée à ce voleur par la presse est ainsi résumée par son avocat, Me Babou : « Avec ses évasions spectaculaires, il est devenu célèbre comme un héros de film. » Cet « as de l’évasion », « millionnaire à 21 ans et propriétaire d’une vingtaine de camions », « paisible garçon à l’esprit vif, qui a horreur de la violence », mais « cité dans l’affaire de la mort d’un Chinois à Gibraltar », a de quoi passer dans l’imaginaire collectif pour un véritable « Djinné ». Son « Histoire jamais racontée » (Une de L’Obs, 20 janvier 2016) peut ainsi être lue au premier degré et susciter des vocations. A Dieu ne plaise.

Quant à Waly Seck, sommé de s’expliquer par sa propre conscience et une incompréhensible pression médiatique, ses explications sont encore plus problématiques. « Je n’ai pas un sac à main dans ma vidéo, j’ai un cartable (…). Je ne vois pas le mal qu’il y a à avoir un sac à main lorsqu’on voyage », s’est-il défendu. Au demeurant, le mal est moins dans l’acte en lui-même que dans son traitement médiatique et son caractère totalement iconoclaste par rapport aux symboles et référents masculins de notre société. En vérité, cette affaire n’est que la minuscule manifestation d’une perversion systématique de nos valeurs identitaires, au nom de la liberté artistique. Mais une liberté qui ne se fonde que sur l’imitation n’est qu’une prison qui s’ignore.

Dans le domaine de l’art comme de la culture en général : « Il ne faut imiter rien ni personne, car un lion qui imite un lion devient un singe », prévient Schopenhauer. De plus, l’art ne saurait se réduire à une récréation de dilettantes ni la culture à un folklore de réjouissances et de divertissement qui nous détourne de l’essentiel. Il s’agit plutôt de réinventer en permanence la vie, en faisant la preuve par l’épreuve, que l’être humain est à la fois créature et créateur.

En définitive, « Boy Djinné » et Waly Seck sont comme « deux miroirs reflétant face à face la même image » : une société contemplative de sa propre décadence. Le véritable mal réside donc dans la tentative de récupérer et transformer leur déviance en simple objet médiatique et communicationnel, en mettant en relief l’aspect spectaculaire. Si bien que désormais, nous sommes prisonniers d’une société du culte et de la culture du sensationnel. Où les actions qui n’auraient dû mériter que mépris et indifférence nous sont imposées comme objet d’admiration. De sorte que tous les Sénégalais qui aujourd’hui s’efforcent de s’extraire de cette société crépusculaire vivent une sorte d’ennui où se mêlent l’indignation, l’incrédulité et la perplexité. Or comme nous l’apprend Cioran : « L’ennui nous révèle une éternité qui n’est pas le dépassement du temps, mais sa ruine ? ; (…) un absolu plat où rien n’empêche plus les choses de tourner en rond à la recherche de leur propre chute. » À la fin des fins, aucune confusion n’est possible entre un cartable et un sac à main de femme. Aucun dithyrambe ne peut transformer un vulgaire voleur en homme vertueux. Il ne faut pas nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Galasse-fmdiallo1@yahoo.fr



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