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Des pactoles aux protocoles…

03/12/2016

A certains moments historiques, chaque peuple a ses problèmes. Pourvu seulement que ce soient les bons. Car, il est de certains problèmes qui n’ont rien de problématique : purs effets sans causes, de toutes pièces échafaudés par des gens dont le pouvoir se résume à créer des problèmes, pour ensuite donner l’impression de leur pouvoir trouver des solutions. Mais de ces problèmes-là, ce sont précisément les solutions qui posent les vrais problèmes. Ainsi, dans le processus de maturation de notre démocratie, l’alternance de 2000 a été une sorte de planche du salut démocratique.

Mais le « Protocole de Rebeuss » l’a transformée en ultime degré de perversion de cette révolution. Il s’est agi, en effet, d’une véritable entente secrète entre élus. Qui dans le secret de leur nouveau pouvoir, ont abusé de notre confiance et de nos sous. La quête solidaire du pouvoir s’est alors terminée dans l’ivresse de la possession et les réjouissances solitaires : « Nos soucis d’argent sont maintenant terminés », aurait confié le tout nouveau Président à celui qu’il considérait comme « le moins mauvais » de ses successeurs potentiels.

Terrible parole qui, dans le caractère ingénu de son ambivalence, dévoile un secret d’Etat, exprime une intention criminelle et jette le discrédit sur ces égarés qui se mêlent de nous indiquer la voie. En vérité, depuis le scandale des « Chantiers de Thiès », toujours en chantier, nos gouvernants nous mènent de « Protocole » en Protocole », qui ne sont qu’une série de duperies et de duplicités de nos élus pour commettre leurs forfaits et se couvrir du manteau de leur pouvoir et s’absoudre entre eux, à l’abri et au mépris des lois. Le dernier exemple en date est celui de la libération de Karim Wade.

Qui depuis son exil volontaire et doré au Qatar, a les coudées suffisamment franches pour tisser sa toile, dans la perspective de la conquête de ce pouvoir que lui promettait son père, du temps de sa splendeur et auquel son séjour carcéral lui a donné un goût de plus en plus prononcé. Si bien que finalement, entre Idy, qui a levé le lièvre du « Protocole de Rebeuss », Macky Sall, qui en décrète la parfaite inanité et Karim, qui récolte les fruits du « Protocole de sa libération, c’est exactement la même configuration que la parodie de justice représentée dans la fable du « loup plaidant contre le renard par-devant le singe. »

Il ne peut s’agir que d’une justice de coupables, rendue par les mêmes coupables. Au mieux de leurs intérêts. Mais le problème le plus inquiétant dans notre pays actuellement, ce sont moins les abus de nos dirigeants que l’insouciance « sautillante et parfumée » de la grande masse des Sénégalais. Qui semblent en être réduits à percevoir la vie en elle-même comme un but et non comme un moyen pour aspirer en permanence au mieux-être. Pourtant, au bout du compte, aucun Sénégalais n’est plus dupe : « ce sont tous les mêmes », disent-ils de tous les politiciens.

Le Sénégal semble ainsi engager le processus de sa « décomposition » en tant que nation. Car à en croire Cioran : « Rien de plus dangereux que la volonté de ne pas être trompé. La lucidité collective est un signe de lassitude. Le drame de l’homme lucide devient le drame d’une nation. Chaque citoyen est alors une petite exception, et ces exceptions accumulées constituent le déficit historique de la nation. » A considérer les agissements de nos hommes politiques depuis quelques années, l’inertie volontaire et délibérée des citoyens, c’est au cœur de ce déficit ontologique que nous sommes englués aujourd’hui.

Gouvernants et gouvernés, chacun semble « tenir davantage à sa peau qu’à une idée ; penser avec l’estomac ; hésiter entre honneur et volupté ; croire que vivre est bien plus que tout (…). » Vivre, c’est tout. Un point c’est tout… Mais comme dit Claudel, « un point c’est tout, trois points ce n’est pas tout. En attendant, le tout pour nous autres citoyens, c’est de vivre sans protocole avec ces saigneurs qui nous promettent la richesse. Et qui d’une élection à une autre, s’appliquent à faire main basse sur nos richesses. Pactoles qu’ils couvrent de protocoles d’absolution. Et dont ils se servent ensuite pour anesthésier nos consciences et s’assurer nos suffrages. En attendant la prochaine élection, les prochaines promesses d’émergence, ils nous immergent, avec leurs combines, dans une vie constamment ballottée entre pactoles et protocoles…



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