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Sécurité au Sénégal
Comment faire face à la menace terroriste ?

10/12/2016

La question de la sécurité en général et celle du terrorisme en particulier est devenue, au fil des années, une préoccupation majeure. Elle traduirait l’idée selon laquelle le monde serait « en état de guerre1 ». Un état qui présuppose « une logique de fin de fin des temps, d’un calendrier apocalyptique2 » dont les réseaux terroristes tels qu’Al-Qaïda et Daech en seraient les principaux instigateurs. Face à cette escalade dont la complexité est avérée et les implications vastes, les pays s’organisent.
En effet, longtemps confiné hors de nos frontières, le terrorisme frappe aujourd’hui à nos portes, à la faveur, notamment, de la naissance d’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) qui, après s’être manifesté en Mauritanie puis en Mali, continue de menacer la région ouest- africaine, du Mujao (mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest), d’Ansar Dine (les défenseurs de la religion), d’Almouakaoun Be Dam ( (les signataires du sang), de Boko Haram (l’occident est un péché) qui constitue aujourd’hui la menace la plus sérieuse3 et de l’état islamique en Libye qui a « mis en sac » ce pays.
Au regard de ces évolutions, des attentats perpétrés à travers le monde et des multiples arrestations opérées dernièrement au Sénégal, la question du terrorisme se pose avec acuité. Elle suppose de répondre, au préalable, à la question suivante : la menace terroriste existe-t-elle au Sénégal ?
Une chose est sûre, quelles que soient les réponses apportées à cette question, l’on ne saurait exclure le contexte du Sénégal, quand bien même très particulier de par sa configuration sociale, religieuse, « ses remparts endogènes, ses forces de stabilisation4 », à un contexte global marqué par une « mondialisation de la violence » de plus en plus exacerbée, dont les conséquences n’épargnent aucun territoire par le fait même que leurs actions diplomatiques, militaires et politiques les exposent, d’une manière certes différente, à ces soubresauts qui secouent le monde.
Ainsi, partant du principe que ce qui arrive aux autres puisse nous concerner directement ou indirectement, il n’est pas illégitime de s’interroger avec discernement, sans céder à la psychose, ni aux dérapages verbaux, ni à la paranoïa ni aux déclarations farfelues, voire irresponsables de certains et conformément aux exigences républicaines, sur les voies et moyens permettant au pays de se prémunir contre ces menaces.

Si plusieurs mesures ont été prises pour faire barrage à la menace terroriste à travers une volonté politique manifeste, certaines modifications institutionnelles et l’adaptation du dispositif de sécurité aux frontières5, il n’en demeure pas moins que les défis qui nous attendent appellent d’autres actions.
Soyons clairs, il ne s’agit pas de se lancer dans un combat ultra sécuritaire avec tout ce que cela implique comme risque de perversion, ni de choisir entre un « patriot act » à l’américaine6 ou à la française (les lois sur le renseignement), mais de rendre possible ce qui est nécessaire pour une société soucieuse du bien-être, de la stabilité, de la quiétude de ses citoyens et d’optimiser la façon dont on répond à ces défis terroristes en terme judiciaire, politique voire organisationnel.
Il faut pour cela, en plus des mesures développées dans notre précédent article7, redonner du sens à notre devise : un peuple, un but, une foi, amplifier le rôle de l’éducation dans l’éveil des consciences et renforcer les mesures de sécurité.
Redonner du sens à notre devise : un peuple, un but, une foi
Il y a des moments dans la vie d’une nation, d’une démocratie où l’unité nationale doit primer sur tout ce qui nous différencie. Oui, l’unité nationale, le rassemblement, le sens du consensus doivent être les instruments qui nous rappellent ces idéaux, ces valeurs qui fondent le ciment de nos institutions.
Dans un contexte sécuritaire de plus en plus aigu, il est nécessaire, ne serait que pour notre salut commun, de taire les ambitions personnelles, de tenir un seul discours pour mettre en avant l’intérêt général, encourager le vivre ensemble et pas le vivre entre nous. Notre commun vouloir de vie en commun nous ordonne qu’on redonne du sens et de la tenue au discours politique, qu’on responsabilise le débat public de manière à éviter les débordements de propos inappropriés et irréfléchis qui ne font qu’attiser les clivages confessionnels. Cela commande certes de gouverner autrement en associant l’ensemble des acteurs de ce débat pour réaffirmer et consolider ces idéaux. Cela commande aussi de s’opposer autrement. Car, une opposition responsable ne saurait se cantonner à attiser les peurs, à alimenter le feu qui pourrait tous nous ébranler. Par ailleurs, la fierté d’être républicain ne nous incite-t-elle pas à nous conformer aux principes qui fondent cette République ?

Au-delà des valeurs singulières qui nous enrichissent et nous honorent, il nous faut, plus que jamais, les faire coïncider avec le respect des lois, la laïcité dans la responsabilité. Oui, la foi n’est pas contraire à la République et ne constitue en rien son ennemi. En revanche, et par le fait même qu’elle reste, avant tout, une affaire individuelle, elle doit servir notre humanité collective à travers un but partagé, une foi commune à notre destin fraternel commun.
Elle doit aussi servir notre capacité à se hisser, à être à la hauteur. Or, être à la hauteur, c’est adhérer à ces valeurs là mêmes qui traduisent notre appartenance à une même nation, à un même peuple. C’est ne pas admettre que des individus, de par leurs propos et leurs agissements, mettent en péril la stabilité et la quiétude qui sont la particularité de notre pays. C’est ne pas succomber aux sirènes d’une idéologie, d’une culture importée, inadaptées à notre monde, contraire aux fondements de nos traditions et qui pourraient, de surcroit être, à terme, dangereuses.
Dans ce sens et sans remettre en question la liberté qu’a chacun de vivre et de pratiquer sa foi, quel est le bien-fondé de la burqua8 dans un contexte culturel comme celui du Sénégal ?
Est-il concevable d’autoriser l’existence de certaines organisations qui font l’apologie d’une idéologie et des pratiques d’une autre époque, qui plus est, leurs financements par des entités ou des États dont les valeurs sont aux antipodes de nos réalités ?
Autant il faut fuir la manie ancienne comme présente des gouvernements de vouloir trop gouverner, autant nous devons, des fois, sacrifier peu de liberté pour plus de sécurité si tant est que ce sacrifice soit bien expliqué. Quid donc du rôle de l’école dans l’émergence d’une discipline républicaine ?

Amplifier le rôle de l’éducation dans l’éveil des consciences

Nous n’avons de cesse de parler d’émergence. Mais, cette dernière ne saurait se faire que par une refondation idéologique, républicaine9. Faut-il le rappeler, « le développement doit être saisi dans son intégralité, car, dépassant les phénomènes économiques de croissance, il englobe aussi les éléments d’ordre psychologique, moral, social, culturel, politique, religieux qui concourent à la valorisation des personnes et des sociétés10 »
Pour changer donc les mentalités, il nous faut promouvoir une école de développement, garante d’une société plus démocratique, plus juste, mais aussi et surtout une école qui promeut des citoyens dotés de sens critique, d’une conscience éveillée à l’égard des conditionnements sociaux ou communautaires. Car, au-delà de la multiplicité des clefs de lecture qui doivent nous permettre de lutter contre le terrorisme, l’éducation doit être en première ligne pour mettre en avant un « savoir religieux » qui est intégrant et non discriminant, qui véhicule des valeurs de tolérance, de fraternité, de paix. Il faudrait, dans ce sens, adapter nos programmes aux évolutions du monde, contrôler le contenu des enseignements délivrés dans certaines écoles à défaut d’instituer une contractualisation (établissements sous contrat) entre l’éducation nationale et certains établissements.
Face à la complexité des enjeux géopolitiques, géostratégiques et à l’impératif du vivre ensemble dans le respect des règles de vie collective, nous devons réfléchir à une éducation à la citoyenneté, à la démocratie, développer une pédagogie de la laïcité et renforcer l’enseignement laïc du fait religieux, les mesures d’interdiction des signes ostentatoires aussi bien dans l’espace scolaire que public. Oui, la culture est un rempart nécessaire contre l’obscurantisme.
Mais, tout cela est-il possible si l’on ne repense pas le rapport de l’État et du religieux dans une séparation de dialogue ? Si l’État doit revoir sa relation avec le religieux, il doit aussi renforcer les mesures de sécurité.
Repenser les mesures de sécurité
Aujourd’hui, les réalités géopolitiques dans la sous-région et dans le monde ajoutées aux engagements du Sénégal sur le plan diplomatique et militaire appellent à repenser les paradigmes sécuritaires, notamment les dispositifs de lutte contre le terrorisme dans un contexte de plus en plus complexe.
Face à l’évolution des modes opératoires du terrorisme, à l’apparition de nouvelles formes de terrorisme et à la réalité même de cette menace dans notre pays11., il serait opportun de repenser les mesures de sécurité existantes pour les adapter à l’intensité de la menace et ne pas succomber à l’autosatisfaction. Oui, le Sénégal est plus ou moins bien armé en termes de lutte contre ces différentes menaces, mais cela peut-il nous épargner de toutes tentatives de déstabilisations au regard, entres autres, du piège de la « politisation » des services de renseignement, des errements et autres négligences en la matière12 ?
Dans un cadre global, il serait bien de les réorganiser pour plus de coordination, une adaptation continue aux impératifs actuels et aux évolutions des menaces. Sur le plan de la lutte contre le terrorisme, nous devons, en nous appuyant sur les acquis et sur ce se fait déjà
(renforcement de la sécurité aux frontières pour limiter la liberté de mouvement des terroristes et empêcher la livraison de fournitures et d’autres activités illicites, une collaboration accrue avec les pays amis, une formation continue des agents...), améliorer les moyens technologiques, humains pour des actions de prévention et de dissuasion nécessaires ; initier un travail de coopération avec tous les citoyens, car il faut que chaque citoyen devienne une « caméra ambulante » ; renouveler les catégories d’analyse si on veut donner une réponse adéquate aux différentes menaces susceptibles d’apparaître.
Pour résoudre les problèmes liés au terrorisme, il ne faut pas se tromper de diagnostic sur les causes du mal ni sur les moyens à mettre en œuvre pour éradiquer ce mal. Aussi, dans un État de droit, il faut bien réfléchir avant de mettre en œuvre une politique quelle qu’elle soit surtout en matière de terrorisme.
En tous les cas, il faut dès à présent anticiper « l’impensable », prévoir des scénarii pour faire face aux événements qui ne manqueront pas d’influencer le cours de notre histoire et prendre des décisions appropriées.



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