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(Dossier)
Ces promesses trahies par Macky

05/12/2016

Alors candidat, il distribuait des promesses. Il puisait de son programme « Yoonu Yokkute » et les présentait comme les remèdes qui guériraient la male gouvernance et les souffrances des populations du pays. Devenu Président, Macky Sall laisse toujours couler le robinet des engagements, dont certains sont quand même tenus. Mais, à mi-parcours, beaucoup de promesses ont, hélas, été tuées dans l’œuf. Le Président s’est même détourné de nombreuses mesures phares du « Yoonu Yokkute ».

Élu le 25 mars 2012, le Président Macky Sall nommé Abdoul Mbaye qui forme le premier gouvernement de l’ère républicaine. Pour ne rien gâcher de l’euphorie générale, le tout nouveau président s’en tient à ses engagements. Il a promis 25 ministres, il n’y dérogera pas.

L’attelage gouvernemental le premier forfait

« J’ai trouvé un gouvernement composé de 38 ministres en arrivant, et je l’ai ramené à 25. C’est désormais l’un des plus réduits d’Afrique », déclare fièrement le Président dans « Jeune Afrique ». Ses partisans s’en glorifient durant 6 mois. Mais, vite, le nouvel homme fort se sent à l’étroit dans les liens rigides de sa promesse. La tentation de manquer à sa parole l’étreint. Le 29 octobre 2012, il y succombe l’attelage gouvernemental est remanié. Il gonfle à 30 membres, puis à 32 ministres en septembre 2013, avant d’exploser à 33 membres aujourd’hui. Sept autres secrétaires d’Etat sont appelés en renfort, plus une flopée de ministres conseillers.

Et pourtant, dans son programme « Yoonu Yokute », le chef de l’État et ses hommes avaient promis et écrit noir sur blanc qu’ils allaient mettre « en place un gouvernement de Rassemblement national de 25 ministres maximum ». Plus que le nombre, c’est l’engagement qui était important. Malheureusement, la parole donnée fut trahie.

L’absentéisme, un combat déserté

Le 26 juillet 2012, en conseil des ministres, le Président Macky fulmine. L’absentéisme et les retards gangrènent son administration. Vite, il « instruit que des mesures fermes soient prises contre la violation répétée de la règlementation en vigueur, surtout par la haute administration, quant aux horaires de travail, aux retards et aux absences de complaisance, inacceptables dans une administration qui se veut performante, efficace et respectueuse des usagers du service public », rapporte le communiqué « ‘officiel »’ du conseil des ministres. Mais, depuis, plus rien. Le coup de sang présidentiel ne produira aucun effet. L’absentéisme et les retards continuent à faire la pluie et le beau temps dans l’administration, au grand malheur du citoyen.

Le Bénin, ce modèle

Pourtant, le Bénin a réussi là où le Président n’a même pas essayé. En effet, au pays de Patrice Talon, le même mal coutait 73,2 milliards de CFA à l’État, selon un rapport du Conseil Economique et Social en 2006. Mais, un dispositif biométrique a été vite mis en place. « Après six mois d’expérimentation, l’évaluation de ce nouveau mécanisme de contrôle de la ponctualité et de la présence a permis de constater un changement de comportements des fonctionnaires dudit ministère. Le taux de retard et d’absentéisme est passé de 78,18 % à 46,97 % », s’est réjoui le Pnud sur son site web. Exemple à méditer.

« Je ne protégerai personne », disait-il…

Le 3 avril 2012, d’un ton ferme, le président Macky Sall s’engage : « À tous ceux qui assument une part de responsabilité dans la gestion des deniers publics, je tiens à préciser que je ne protègerai personne. Je dis bien personne ». La phrase était mythique. Elle barre la une des journaux et tourne en boucle dans les télés et radios. Elle est reprise, chantée et chantonnée par les membres du pouvoir. Puis, quelques mois plus tard, la traque des biens mal acquis débute. Mais, sur la liste de 25 dignitaires de l’ancien régime devant faire face à dame justice, une seule personne passe devant le juge. Ceux qui ont transhumé ou ont décidé de s’acoquiner avec le parti au pouvoir seront éloignés de toute poursuite judiciaire. Pour tout couronner, le président Macky Sall se promène jusqu’en Guinée Conakry avec son nouvel ami, Ousmane Ngom, alors interdit de sortie du territoire par la justice, dans le cadre de cette même traque des biens mal acquis. Nos confrères de « Jeune Afrique », à qui il accorde sa première interview, lui avaient pourtant demandé s’il « y aurait des personnalités intouchables » parmi ses proches ou chez Wade. « Personne n’est au-dessus des lois. Le temps de l’impunité est révolu », avait-il rétorqué. La réalité est toute autre aujourd’hui.

Épinglés, protégés et promus…

Pis, en début 2016, dans son premier rapport, l’Ofnac épingle le Directeur du Coud, Cheikh Oumar Hann, responsable de l’Apr. Les enquêteurs débusquent dans sa gestion, des traces de détournement de deniers publics dont une bonne partie a servi à préparer l’accueil pompeux du Président Macky Sall au Campus de l’Ucad. En lieu et place d’une sanction contre le responsable de l’Apr, le Président de la République boute plutôt dehors la présidente de l’Ofnac. Et pourtant, ils avaient promis, dans « Yoonu Yokkute », le « renforcement des organismes et corps de contrôle et de régulation ». Finalement, il n’en est rien. La présidente de l’Ofnac, s’était même plainte des agissements du DG du Coud dans son rapport : « Le Directeur du Coud a tout fait pour empêcher l’exécution correcte de la mission de vérification, menaçant ouvertement les membres de l’équipe, posant des actes d’intoxication et intimant l’ordre aux travailleurs du Coud de ne pas déférer aux convocations de l’Ofnac. Ainsi, dès que les vérifications ont commencé à mettre en évidence certaines pratiques, il a initié des actes de sabotage de la mission », avait déclaré Mme Nafi Ngom Keita. Une attitude qui la pousse même à demander le limogeage de M. Hann. Mais, le chef de l’État ne préserve point l’autorité de l’Ofnac. C’est la présidente de l’Ofnac qu’il balaye, laissant sur place son camarade de parti. Il bénit aussi un autre de ses responsables qui avait maille à partir avec le même corps de contrôle. En effet, dans l’affaire du trafic de permis de conduire, l’Ofnac avait fait arrêter El Hadj Seck Ndiaye Wade, alors directeur des transports routiers. Inculpé et mis en cause dans cette affaire par le juge d’instruction du 1er cabinet au tribunal de grande instance de Louga, il a été promu Pca du Fera dont le budget culmine à 57 milliards de CFA. Alors, quand le Président Macky Sall dit qu’il ne protège pas ses hommes, qui va le croire ?

Engagement trahi sur la séparation des pouvoirs

Sur la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice également, ce qui a été annoncé, n’est pas ce qui est aujourd’hui fait. « Mis sous tutelle du pouvoir exécutif, instrumentalisé par ce dernier et insuffisamment doté en ressources humaines et matérielles, le pouvoir judiciaire n’est pas toujours en mesure d’assurer pleinement ses missions dans l’impartialité et l’indépendance. Mettre fin à cet état de fait exige de renforcer l’indépendance du Conseil Supérieur de la Magistrature par sa composition, son organisation et par son fonctionnement » disait Macky Sall dans le programme « Yoonu Yokkute ». Aujourd’hui, plus que jamais, le Président de la République est le Président du Conseil supérieur de la magistrature dont le ministre de la Justice est le vice-président. C’est toujours l’exécutif, précisément le chef de l’État, qui gère l’avancement des magistrats. Donc, qui nomme la plupart d’entre eux. Quand le pouvoir exécutif nomme et gère l’avancement des dirigeants du pouvoir judiciaire, peut-on parler de séparation des pouvoirs ?

« Une structure qui gère la carrière des magistrats et qui est dirigée par l’exécutif, pensez-vous un instant qu’on peut parler de séparation des pouvoirs et d’indépendance de la justice ? À cette question, le forum du Justiciable répond par la négative », martèle Boubacar Bâ, président du forum du Justiciable. Pour ne rien arranger, la main de l’Exécutif est plusieurs fois sentie dans le travail de la Justice. Limogeage de magistrat en pleine audience, coaccusés de Karim libérés à l’heure des retrouvailles libérales, célébrités et personnalités publiques extirpées de la main de dame justice, un Président qui freine dame justice quand il s’est agi de faire la lumière sur les 74 milliards du protocole de Rebeuss, etc. La liste est longue. Le ministre de l’Éducation a même refusé d’exécuter une décision de Justice. Ce qui avait outré l’Union des Magistrats du Sénégal, qui avait dénoncé, en février 2016, les immixtions intempestives de l’exécutif dans le fonctionnement de l’appareil judiciaire et le non-respect des décisions de justice.

Quid des 25 % du privé national ?

Autres secteurs, autres engagements non tenus. Le chef de l’Etat Macky Sall avait aussi promis de faire la « promotion d’une présence capitalistique minimale (25 %) de privés nationaux dans les secteurs clés de l’économie nationale », la mise en place d’un système de financement du sport dans le cadre de la taxe pour service universel, la Création de Lycées Sport/Études, l’octroi d’une partie de la commande publique aux artisans nationaux. Pour le moment rien. Ils avaient promis de « rassembler des femmes et des hommes de conviction et de talents dans un gouvernement resserré ». Non seulement le gouvernement est aujourd’hui plus qu’élastique, mais le dernier critère de « ‘ministrabilité »’ fixé par le chef de l’État fut la capacité de ses responsables de parti à gagner dans leurs localités. Pas leur talent.

Amoncellement de promesses asphyxiées

Le 3 juillet 2012, dans « Jeune Afrique », le chef de l’État disait : « la rupture n’est pas qu’un slogan. C’est un comportement, celui que les dirigeants de ce pays doivent adopter. Humilité, sobriété et rigueur doivent régir notre action politique. Je vous assure qu’il s’agit bien là d’une rupture, profonde, avec les pratiques en vigueur sous mon prédécesseur. Avec moi, tout va changer. J’ai renoncé à deux ans de pouvoir, en ramenant le mandat présidentiel de sept à cinq ans et en m’appliquant immédiatement cette mesure ». Aujourd’hui, au regard des actes posés, la rupture semble plutôt être rompue. La libération douteuse de Karim Wade, la transhumance encouragée, la protection des transhumants et des responsables du régime contre la justice, l’entrave du travail de la justice dans l’affaire des 74 milliards du protocole de Rebeuss, l’achat massif des consciences durant le référendum, l’affaire Bictogo non encore élucidée, les contrats pétroliers encore flous, la non-tenue de la promesse de réduction du mandat présidentiel, entre autres, sont autant de choses qui attestent de l’agonie de la « rupture ».

L’équité médiatique oubliée

Même dans la couverture médiatique, le chef de l’État et ses hommes font autre chose que ce sur quoi ils s’étaient engagés. Ils avaient promis de l’« équité dans la presse publique et privée du temps de parole pour les partis représentés au Parlement ». Mais, rien que dans les médias publics, la couverture médiatique du référendum a révélé une pratique pire que celle des libéraux. « La chaîne publique n’a pas respecté l’obligation d’équité et d’équilibre en ne tenant pas compte de l’existence du courant du Non », avait dénoncé le Cnra au lendemain du scrutin.

Le chef de l’Etat Macky Sall disait, tout au début de son magistère : « Avec moi, tout va changer ». Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont, emportant sur son passage beaucoup de promesses et nombre d’engagements présidentiels. Promesses pour lesquelles, nombre d’électeurs on voté pour lui. À ces électeurs, le chef de l’État semble, pour le moment, servir la très célèbre phrase d’André Gide : « La promesse de la chenille n’engage pas le papillon ».



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