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“Cachez-moi ce sein que… j’ai cherché à voir !” - Par Madiambal Diagne

03/12/2016

On aimerait bien savoir si le Sénégal a défini dans sa législation les caractéristiques du port vestimentaire d’une femme ? La dame Ramatoulaye Diallo, de son nom d’artiste « Déesse Major », est retenue depuis trois jours à la police pour avoir posté sur un réseau social une vidéo dans laquelle elle est habillée en débardeur avec une culotte en « Jean », dansant, dans son salon, au son d’un tube de « rap ». Cette vidéo n’est accessible que par les personnes qui suivent le compte de « Déesse Major » dans ce réseau social. En d’autres termes, les personnes qui ont pu s’offusquer de la tenue « libertine » de « Déesse Major », font partie de celles qui la suivent régulièrement sur son compte. Une organisation, qui s’improvise recteur de la moralité des Sénégalais et appelée, de façon prétentieuse, le Comité pour la Défense des valeurs morales du Sénégal (Cdvm), a estimé devoir porter plainte.

Les responsables de cette association peuvent avoir l’audace ou le toupet de porter plainte contre « Déesse Major » au risque que cette dernière se retourne contre elle pour dénonciation calomnieuse. Mais on ne peut pas ne pas s’étrangler que la police nationale en arrive, pour des futilités pareilles, à placer la jeune dame en garde à vue. La police n’avait aucune raison de retenir la chanteuse, d’autant que l’enquête ouverte n’a retenu aucune caractérisation délictuelle des faits. En effet, l’enquête ouverte, suite à une saisine par le parquet de Dakar, a permis d’entendre la mise en cause ainsi que le plaignant et a été bouclée le vendredi 17 juin 2016 à 11 heures 25 minutes précisément.

Cela laissait tout le temps de présenter « Déesse Major » au Procureur de la République pour la suite à donner à cette affaire. Seulement, le chef de la Sûreté urbaine de Dakar a estimé devoir placer la dame en garde à vue jusqu’à ce lundi 20 juin 2016 avant de la faire présenter au parquet. La notification de la garde à vue n’a visé aucune infraction mais a indiqué le simple motif : « Sur instructions du chef de la Sûreté urbaine de Dakar ».
Il faut dire que l’affaire tend à devenir une fixation pour ne pas dire un harcèlement contre « Déesse Major ». Déjà le 28 octobre 2014, le même Comité pour la Défense des valeurs morales au Sénégal avait déposé une plainte contre la chanteuse pour une vidéo tournée lors d’une soirée. Les services de la Sûreté urbaine de Dakar avaient alors ouvert une enquête et transmis les résultats au Procureur de Dakar qui trouva qu’il n’y avait pas matière à poursuivre et avait classé l’affaire sans suite.

Les organisations de défense des droits de l’Homme comme Amnesty International, ont bien raison de hurler mais elles ne doivent pas être les seules. Cette tendance à faire de l’inquisition, à fouiner et à s’ériger en recteur de nos ports vestimentaires ou de nos fréquentations nous menace tous. De nombreuses personnes hésitent ou craignent même de se prononcer contre de telles dérives, pour éviter d’être taxées d’adeptes de prétendus travers. Qui ne se rappelle pas l’arrestation, il y a quelques mois, de cinq filles qui fêtaient l’anniversaire d’une de leurs amies au bar « Piano Piano » et qui étaient accusées de lesbianisme ? Elles ont été arrêtées, jetées en prison et à l’opprobre, avant d’être élargies de prison.

De l’interpellation et de la garde à vue de l’artiste « Déesse Major », il faudrait voir un signal d’une société où les clivages sont de plus en plus exhibés sous le prisme d’une morale du « Tout ». Un dualisme entre un « nous » pudique et un « eux » plein de tares, chercherait à s’inscrire dans les différents rapports. Cet état d’esprit, s’il prospère davantage, pèserait grandement sur la concorde.

On assiste au Sénégal, à l’émergence de censeurs moraux qui se veulent maîtres de comportements « modèles » à inculquer aux citoyens. La conséquence d’une telle situation est le développement d’une culture des extrêmes, qui pourrait se révéler dommageable pour tous. Des apôtres des bonnes mœurs et de la morale des dieux se muent en juges. A leur table, les actes des Sénégalais lambda dans leur vécu quotidien sont scrutés pour être placés au sein d’une matrice manichéenne entre un bien extrême et un mal absolu. Mal vous en prendra si vos actes sont dans l’axe du mal de leur matrice.

Les « défenseurs » des valeurs morales et des bonnes mœurs au Sénégal diront que leur combat est pour le bien du pays et la protection de sa jeunesse. Toutefois, qu’est-ce qu’un bien commun pour une société, si certaines de ses composantes se voient menacées ou persécutées dans la jouissance de leurs droits fondamentaux ? Pire, si certaines de ses composantes sont diabolisées voire exclues de la définition même des règles du vivre ensemble ?

Les apôtres de la bonne conscience au Sénégal rappellent l’inquisiteur de Fiodor Dostoïevski, qui se vantait d’avoir pu, avec ses acolytes, restreindre les libertés au sein de la société dans l’unique dessein de rendre les hommes heureux. Ils sont sûrs certainement de mieux connaître que tout homme, les conditions de son bonheur et ce qui lui est utile et profitable. Libre doit être l’indignation et l’offuscation dans une société plurielle. Cependant, celle-ci ne doit pas se draper des habits d’une cabale contre des personnes, voire d’une remise en cause des fondements de notre vie en communauté. A quoi s’attaqueront les missionnaires des bonnes mœurs après les « tenues indécentes » ? Sans doute qu’ils s’en prendront à nos traditions africaines, notre culture de « ceddo », notre amour du lucre, nos styles de vie, nos acquis culturels et nos croyances cultuelles, notre histoire commune, nos outils de communication, notre esprit de tolérance et de concorde ?
Une société se gère en ayant comme sacerdoce la création d’un cadre de vie et d’expression convenable à tous. Le rôle de l’Etat dans le maintien du vivre ensemble et du plein épanouissement de tous est donc primordial. Il est l’instance à même de contenir toutes les velléités d’oppression et de garantir le traitement juste et respectueux de tous. Mouhamed Mbougar Sarr, dans son roman « Terre ceinte », lauréat du prix Kourouma 2015, présente Kalep. Une ville tombée sous le contrôle d’une faction extrémiste, qui y installe un ordre répressif, à rebours des pratiques sociales connues dans cette contrée. Différents individus se rebellent face aux exactions des radicaux et s’opposent, comme ils le peuvent, au bourreau radical, notamment à travers les colonnes d’un journal clandestin. Le courage de dire non et de faire face à une terreur aveugle, orchestrée par des populations de Kalep éprises de liberté est plus que salutaire dans cet ouvrage. Prions que les pauvres diables que nous sommes saurons nous serrer les coudes et faire face, de façon responsable et lucide, à toutes les menaces à notre vivre ensemble et à l’esprit de tolérance et de dépassement caractéristique de notre pays.

Si on n’y prend garde, il va arriver un moment où nous n’aurons plus le droit d’écouter de la musique ou de nous attabler à un bar ou un café, ou de nous détendre à la plage. L’Etat du Sénégal passe déjà pour être « trop chrétien » aux yeux de certains néo croisés. Il arrivera un moment où d’aucuns trouveront qu’il y a un peu trop d’églises à travers le pays. Déjà, qu’un lecteur peut choisir un livre dans une librairie, le lire tranquillement pour s’indigner après et ameuter des organisations religieuses et sociales qu’un tel livre est blasphématoire à l’égard du prophète Mouhamed (Psl). Les grands guides religieux seront appelés à se joindre à l’indignation. Résultat des courses ? La police sera mise en branle pour traquer ledit livre à travers toutes les librairies de Dakar. Le « mouchard » sera auréolé d’un manteau de défenseur de l’islam et versera des larmes « attendrissantes ». Peut-être que cela rapportera des suffrages électoraux !



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