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Inquiètudes internationales après la tentative de coup d’Etat en Turquie

24/02/2017

La situation est des plus confuses, vendredi 15 juillet au soir, en Turquie. Le premier ministre turc, Binali Yildirim, a fait état d’une tentative de coup d’Etat menée par un groupe au sein de l’armée. Peu après, l’armée a annoncé dans un communiqué publié sur le site Internet de l’état-major avoir pris le pouvoir pour « restaurer la liberté et la démocratie ». Dans son texte, elle assure que les accords internationaux signés par le pays seront respectés et affirme retenir en otage le chef de l’état-major, Hulusi Akar. Selon un communiqué de l’armée diffusé par la chaîne publique, un couvre-feu et la loi martiale ont été proclamés.

Le premier ministre a averti ceux impliqués dans cette action « illégale » qu’ils paieraient « le prix le plus élevé » :

« Il y a une tentative de coup d’Etat. Un groupe de militaires agissant sans l’autorité de leurs supérieurs a commis une attaque illégale. Notre peuple doit savoir que nous n’autoriserons aucune action antidémocratique. »
Selon une source contactée par Le Monde à Ankara, le palais présidentiel serait cerné par les militaires insurgés. Le président Recep Tayyp Erdogan a appellé les Turcs à descendre dans les rues pour résister à cette tentative de coup d’Etat, fruit à ses yeux du « soulèvement d’une minorité au sein de l’armée ». L’homme fort de Turquie, qui s’est exprimé par téléphone sur la chaîne d’information CNN-Türk, a déclaré :
« Je ne pense absolument pas que ces putschistes réussiront. »

Aéroport bloqué
L’aéroport international d’Istanbul est bloqué et les vols internationaux sont annulés. Chasseurs et hélicoptères patrouillent dans le ciel de la ville. Des heurts sont en cours entre les partisans de M. Erdogan et des militaires devant les locaux du Parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. Des affrontements autour du siège des services de renseignement à Ankara ont été rapportés.

Selon les chaînes de télévision locales, les ponts sur le Bosphore sont fermés. CNN Türk diffuse des images de véhicules militaires et d’un groupe de soldats devant l’un d’eux. L’agence Reuters cite une source officielle turque qui fait état du déploiement de soldats dans d’autres villes du pays, sans toutefois préciser lesquelles.
L’accès aux réseaux sociaux Twitter Facebook et YouTube a été suspendu, rapporte le compte Twitter Turkey Blocks, spécialisé dans la censure en ligne.

Contexte tendu
Cette tentative de coup d’Etat intervient dans un contexte extrêmement tendu en Turquie. Depuis fin juillet 2015, la guerre a repris dans le sud-est kurde du pays.
L’armée s’est massivement impliquée dans le soutien aux forces de police dans les villes kurdes insurgées, passées sous le contrôle des rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). En plus des affrontements urbains dans ces zones, les grandes villes du pays ont été frappées par des attentats orchestrés par les rebelles kurdes contre les forces de sécurités.

D’autres attentats visant des cibles civiles ont été attribués à l’Etat islamique dont le dernier en date est survenu à l’aéroport Atatürk à Istanbul le 28 juin provoquant la mort de 44 personnes.

La Turquie a également été confrontée à l’effondrement de sa politique régionale. Comptant parmi les principaux soutiens des rebelles syriens, elle est, cinq ans après le début du conflit, voisine d’une Syrie où Bachar Al-Assad est toujours au pouvoir et où des forces kurdes liées à ses ennemis du PKK contrôlent la plupart des régions du nord du pays, frontalières de la Turquie.

Recep Tayyip Erdogan, l’homme fort du pays depuis son accession au poste de premier ministre en 2003, a construit l’hégémonie de son parti, l’AKP sur le pouvoir politique et les institutions. Après avoir remporté les premières élections présidentielles au suffrage universel en 2014, il était sur la voie de formaliser son emprise en faisant prendre au pays la voie d’un régime présidentiel.

La domination de l’AKP a cependant été remise en cause par les résultats des élections législatives de juin 2015. L’impossibilité de former un gouvernement de coalition avait donné lieu à l’organisation d’un nouveau scrutin en novembre, qui donnait cette fois-ci à l’AKP la majorité nécessaire pour gouverner. Dans l’intervalle la reprise des combats entre les forces armées turques et le PKK avait plongé le pays dans un état d’instabilité et de violence. Le durcissement du pouvoir s’est par la suite accentué avec des pressions accrues sur la presse, la magistrature et les formations politiques d’opposition.

www.lemonde.fr/



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