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Présidentielle en Gambie en Décembre
Amnesty dénonce la stratégie de la peur utilisée par Jammeh

03/12/2016

Amnesty dans un document, intitulé Dangerous to Dissent : human rights under threat in Gambia (en cours de traduction en français) décrit la répression violente d’actions de protestation organisées par l’opposition en avril et mai 2016. « Des dizaines de manifestants et de passants non violents ont été frappés par des policiers et arrêtés, et 51 personnes, parmi lesquelles le dirigeant du Parti démocratique unifié (UDP) et plusieurs membres de l’exécutif, sont en instance de jugement. Au moins 36 autres personnes sont maintenues en détention sans inculpation, et un homme, Solo Sandeng, secrétaire national à l’organisation de l’UDP, est mort en détention après avoir été torturé » indique t’il. Interrogé dans le document Alioune Tine, directeur régional pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale à Amnesty International de rappeler qu’à six mois à peine des élections en Gambie des membres de l’opposition sont arrêtés et frappés, des journalistes sont muselés et la société civile est réduite au silence « La Gambie a une longue histoire de répression brutale des voix critiques, et des manifestants tels que Solo Sandeng ont payé un prix élevé pour avoir mené des actions de protestation pacifiques. »
Nogoi Njie, une femme d’affaires appréhendée le 14 avril et actuellement incarcérée, a indiqué toujours selon le document dans une déclaration sous serment déposée auprès de la Haute Cour avoir elle-même été torturée à l’Agence nationale de renseignement (NIA). Elle a expliqué que des hommes portant une cagoule et des gants noirs l’ont frappée à coups de tuyau et de matraque tandis qu’on lui versait de l’eau dessus. Aucune enquête approfondie, impartiale, indépendante et transparente n’a été menée sur la mort de Solo Sandeng, malgré les appels en ce sens des Nations unies, de la CEDEAO, de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, de l’Union européenne et des États-Unis. D’autres affaires récentes mises en avant dans le rapport incluent la mort en détention en février 2016 de Sheriff Dibba, dirigeant syndical, l’arrestation en octobre 2015 et la disparition forcée de l’imam Sawaneh après qu’il a soumis une pétition au président, et l’arrestation et le procès d’Alhagie Ceesay, un journaliste indépendant, en juillet 2015 pour avoir partagé une photo sur Whatsapp.
Le rapport met en évidence aussi selon un résumé qui nous en a été faite des violations bien établies depuis la dernière élection présidentielle de novembre 2011, pour laquelle la CEDEAO avait refusé d’envoyer des observateurs en raison « d’intimidations, de contrôle inacceptable des médias électroniques par le parti au pouvoir, d’absence de neutralité des institutions publiques et semi-publiques, d’une opposition et d’un corps électoral intimidés par la crainte de représailles. » Depuis cette époque, de nouvelles lois ont été introduites afin de restreindre davantage le droit à la liberté d’expression, comme des lois punissant la cyberdissidence, et trois organes de presse ont été fermés à cinq occasions. Des dizaines de journalistes ont fui le pays en raison de persécutions.
Le rapport explique que l’Agence nationale de renseignement (NIA) imprime régulièrement les relevés téléphoniques de certaines personnes sans aucune autorisation ni supervision judiciaire, et entretient un réseau d’informateurs, chargés de faire remonter des informations sur les activités des personnes sous surveillance.
Amnesty International demande ainsi à la communauté internationale d’envisager des mesures plus fermes si la Gambie ne réalise pas des progrès de taille concernant le respect de ses obligations internationales en matière de droits humains. En particulier, Amnesty International demande à la CEDEAO - dont les dirigeants se réunissent à l’occasion d’un sommet le 4 juin à Dakar - d’agir afin que ses propres règles soient respectées et pleinement observées. Outre une Commission d’enquête qui serait chargée de se pencher sur la répression récente de manifestations d’opposition, Amnesty International demande à la CEDEAO d’envisager la possibilité de suspendre la Gambie si aucune avancée n’est réalisée sur le terrain des droits humains.
« Si la CEDEAO souhaite réellement être une communauté d’États qui respectent et font avancer les droits fondamentaux de la population, elle ne peut plus se taire devant le mépris flagrant qu’affiche un de ses membres face aux obligations qui sont les siennes en vertu de traités qu’il a signés », a déclaré Alioune Tine.



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