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« Abdoul Mbaye, comme Jésus… »

20/09/2017

Au moment où une frange importante de l’opposition mettait sur pied la coalition Mankoo Tawaxu Senegaal, en vue des prochaines législatives, l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye, président de l’Alliance pour la citoyenneté et le travail (Act), s’exposait à la perte de ses droits civiques. Le représentant du parquet a requis contre lui deux ans de prison dont un an ferme pour tentative d’escroquerie présumée.
L’ancien banquier était ce jeudi face à son ex-épouse, Aminata Diack, devant la chambre correctionnelle du tribunal de Grande instance de Dakar. Ils sont tous les deux parties civiles et prévenus. Chacun poursuivant l’autre pour complicité de faux et usage de faux et tentative d’escroquerie.
Le procès a duré plus de 10 heures (10 h du matin à près de 23 h). Le tribunal, qui a mis l’affaire en délibéré, rendra son verdict le 18 mai. Pour les délits de complicité de faux et usage de faux, le procureur a requis 6 mois avec sursis contre Abdoul Mbaye. La partie civile dans cette affaire réclame 500 millions.
« Un faux commis en 1994 est prescrit »
Pour la défense, l’ancien Premier ministre est blanc comme neige. « On vous demande aujourd’hui de le condamner mais c’est pour des raisons politiques, tonne Me Bamba Cissé, avocat du président de l’Act. Le greffier en chef a dit, devant les enquêteurs, qu’il n’allait pas déclarer qu’il avait lui-même procédé à l’enregistrement s’il n’avait pas vu d’ordonnance sur laquelle s’appuyer. Nous avons un début de preuve par écrit. De l’autre côté, on nous balance qu’il n’y a pas d’ordonnance. Il y a des actes qui vont dans le sens de l’existence d’une ordonnance. Les défaillances d’un système judiciaire ne nous sont pas imputables. Et d’ailleurs, quelle est la part active de Abdoul Mbaye dans les ratures faites par Adama Thiam ? »

Me Cissé de poursuivre : « La dame Aminata Diack a dit elle-même qu’elle a souscrit au changement de régime. Si elle soutient le contraire, j’enlève tout de suite ma robe. Dans ce dossier les choses ne sont pas compliquées. Elles sont très simples. Il n’a pas été soulevé l’existence d’un bien commun qu’Abdou Mbaye a tenté de vendre. Et même dans ce cas, un faux commis en 1994 est prescrit. Par quelque bord qu’on prendrait cette affaire, elle est prescrite. Ce qui me choque c’est le mot de la fin qui dit ‘’nonobstant la plainte il y a eu tentative d’escroquerie’’. Aujourd’hui le parquet n’a pas prouvé le faux. Je vous invite, monsieur le Président, de les (Abdoul Mbaye et Adama Thiam) renvoyer des fins de la poursuite. Ce monsieur (Abdoul Mbaye), comme Jésus, n’a rien fait de ce dont on l’accuse. »
Me Baboucar Cissé, autre avocat de la défense, ne dit pas autre chose. « Il m’échoit ici de défendre la vérité et le droit, jure-t-il. La vérité ici c’est l’innocence de Abdoul Mbaye. On a tenté d’assoir une infraction qui n’existe pas dans le dossier. Il est quand même regrettable qu’un conflit familial opposant un couple comme cette affaire puisse aujourd’hui se retrouver en police correctionnel. Ce qui est regrettable c’est qu’on a tenté d’utiliser ce dossier pour abattre Abdoul Mbaye. Un excellent banquier qui a évolué dans le privé. »
« On a fouillé dans les poubelles… »
S’engouffrant dans le fond du dossier, l’avocat de l’ancien banquier détaille : « Dans le cadre d’une procédure enclenchée par Abdoul Mbaye pour divorcer d’avec la dame Aminata Diack, le juge avait écrit au procureur de la République une lettre de dénonciation. Dans la lettre on prend position et on le condamne. On l’accuse même de faux et usage de faux. On met en œuvre une enquête et on confie le dossier à la Dic (Division des investigations criminelles). Et pourtant, Mme Diack dit n’avoir jamais voulu porte plainte contre son mari ni contre Adama Thiam. »
Me Cissé d’ajouter : « Le juge l’a (Adama Thiam) convoqué dans son bureau et lui a intimé l’ordre verbal de procéder à nouveau à quelques rectificatifs sur le document. On ne peut pas dire, dans ces conditions, que Thiam a commis un faux. Et si le faux n’existe pas, la complicité suit. Parce que c’est une criminalité d’emprunt. On cherche à éliminer une personne. On a fouillé dans les poubelles et partout. On a rien trouvé. On a alors pris un dossier privé. Et on étale la vie privée de ce couple. »
Le juge sera-t-il sensible à ces arguments de la défense ? Rendez-vous dans deux semaines.



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